Un texte venant des camarades de Bordeaux, présentant la société grecque et les différents mouvements qui ont eu lieu en Grèce ces 10 dernières années en focalisant sur le milieu anarchiste.
Le nouveau millénaire débute avec une étape marquante du mouvement anti-globalisation avec la manifestation énergique de Genève de 2001 et le meurtre de Carlo Giuliani. A la même période en terres helléniques, sauf en considérant les mouvements sociaux les plus radicaux (anarchistes et extrême-gauche) la société reste en sommeil, et ne sera que partiellement remuée par le meurtre de Genève.
A l’été 2002, dans l’attente des jeux olympiques de 2004, l’Etat grec, voulant se débarrasser des combattants pour la lutte révolutionnaire armée, commence les arrestations des inculpés pour collaboration avec les Brigades Révolutionnaires du « 17 novembre ».
A la fin de l’été, le ministre de l’intérieur Michalis Chrisochoidis déclare satisfait que la lutte armée en Grèce est terminée. Sa déclaration est contredite au printemps par les actions des brigades de la « Lutte Révolutionnaire » (E.A).
En 2003, deux étapes clés ont lieu : les manifestations soutenues contre la guerre en Irak et les 3 jours de mobilisation contre le rassemblement des dirigeants européens à Thessalonique. Cette mobilisation est une des plus fortes en terme de mobilisation de l’anarchisme local en collaboration avec des forces anarchistes étrangères. En réponse à ces émeutes générales, l’Etat grec arrête des dizaines de personnes et en emprisonne 7.
La période suivante est caractérisée par un délire de fierté nationaliste de part l’Euro 2004 (gagné par les grecs) et l’organisation des Jeux Olympiques. Au même moment, l’Etat grec se blinde grâce à une arme redoutable, la loi, en votant la première loi anti-terroriste et met en place des « mesures provisoires de sécurité » (embauche de plusieurs milliers de flics, caméras, ballons dirigeables dotés de caméras…) et dont plusieurs mesures perdurent encore aujourd’hui.
Le rassemblement suivant, très soutenu, a lieu en 2006 avec les mobilisations étudiantes contre la privatisation de l’éducation (changement de l’article 16 de la Constitution et changement de la loi-cadre sur l’éducation). Dans ces manifestations, les étudiants réussissent à ne pas faire changer la constitution et à ce que la loi-cadre ne soit pas appliquée. Les mobilisations étudiantes, qui ont duré presque 1 an et demi, mettent en place des blocages, des occupations d’universités dans toute la Grèce et de nombreuses émeutes ont lieu, dans lesquelles, hormis les organisations étudiantes, se rassemblent les travailleurs et une jeunesse « rebelle ». En conséquence, les étudiants entrent en contact avec les couches les plus radicales de la société, en ayant pour décor, hormis les occupations universitaires, le quartier d’Exarchia (centre d’Athènes) dans lequel se réactualise un grand bouillonnement d’idées et de pratiques, soumis à la plus forte répression policière.

Dans ce climat a lieu le meurtre de l’élève de 15 ans Alexandros Grigoropoulos le 6 décembre 2008 à Exarchia, meurtre qui allume la plus grande révolte sociale que la Grèce ait connue depuis 40 ans, car hormis cet événement, le système politique pourri et corrompu perdure depuis 1974 (fin de la junte militaire). Les émeutes ont lieu pendant plus de 20 jours et ont pour bilan plus de 300 arrestations dont 77 incarcérations, une riposte violente et générale de la population ainsi que la création d’assemblées populaires de quartiers, de squats de bâtiments publics qui sont nombreux à exister encore aujourd’hui.
Il est important de noter également qu’avant septembre 2008 eut lieu le plus grand soulèvement depuis des années des prisonniers grecs, qui sont des dizaines de milliers à se mettre en grève de la faim, refusant la distribution des repas et allant parfois jusqu’à se coudre les lèvres.
A partir de 2002 et après reprennent les attaques des luttes révolutionnaires armées contre l’État et les outils capitalistes, dont l’apogée a lieu entre 2009 et 2011.
Après la victoire du PASOK (parti socialiste grec) aux élections de 2009, commence la répression et la démonstration de force d’un nouveau gouvernement face aux lieux subversifs et révolutionnaires.
Le jour suivant les élections, des milliers de flics sont présents partout à Exarchia, ce qui aboutit à des arrestations, des contrôles d’identité agressifs et des bavures policières sur les gens et habitants qui parcourent les rues.
En septembre 2009, suite à « l’invasion » de flics dans une maison d’Athènes, commence une nouvelle et générale campagne antiterroriste contre les brigades révolutionnaires mais aussi contre leur entourage, familles et amis. De nombreux mandats d’arrêt sont émis, le plus souvent sans preuves. Tous les accusés qui déclarent ouvertement leur appartenance politique et la défendent sont envoyés en prison.
En décembre 2009, avant la commémoration des événements de « décembre » commence une série d’arrestations préventives avec une attaque de flics au squat anarchiste de Resalto (Thessalonique). Cela a pour but de contraindre politiquement et économiquement des combattants politiques, et ce, encore aujourd’hui, mais aussi de pister et de cartographier plus généralement les associations de personnes politiquement radicales.
Le 10 mars 2010 est assassiné l’anarchiste révolutionnaire Lambros Fountas par des tirs de flics, suite à l’organisation de l’attaque par les brigades de la « Lutte Révolutionnaire » (E.A). Se met alors en place un barrage aux attaques des flics aux domiciles des anarchistes, lequel dure pendant un mois, jusqu’à l’arrestation et l’incarcération de trois membres de l’organisation mais aussi l’arrestation de plusieurs camarades ou amis des accusés.
En réponse à la répression générale organisée par l’Etat sont créées de nouvelles et fortes structures de solidarité (réunions populaires établies et régulières en solidarité aux détenus carcéraux et mise en place de fonds de solidarité).
A cette époque commence également la période des mémorandums « pour » la Grèce avec pour point de départ le 5 mai 2010, date à laquelle est signé le premier mémorandum d’aide économique des « prêteurs sur gage » : le FMI et la BCE. Ce jour là débutent les mouvements anti-mémorandums contre les nouvelles normes inhumaines qu’ils imposent. Trois personnes meurent dans l’incendie de la « Marfin Bank », ce qui éclipse la grandeur de la très suivie grève et manifestation générale de ces 40 dernières années. L’engourdissement causé par cet événement dans le mouvement fut un véritable contre-coup pour les luttes sociales. Ainsi, la manifestation suivante notable par son nombre n’eut lieu que 7 mois plus tard, en décembre 2010. La mort de ces 3 personnes noircit la réputation des anarchistes du mouvement qui était et reste un des plus violents, et qui est accusé d’être responsable de ces morts.
De décembre 2010 jusqu’à aujourd’hui les manifestations et grèves générales prennent de l’ampleur. Elles sont alors combatives et agressives.
Fin mai 2011, apparaît en Grèce le mouvement des indignés sur les places avec des participations massives et quotidiennes sur la place Syntagma, des réunions publiques quotidiennes selon les pratiques de la démocratie directe, des événements et manifestations… L’apogée de ce mouvement est la grève de deux jours du 28 et 29 juin qui regroupa quasiment un demi million de personnes dans la rue. La répression par l’Etat et les flics fut extrêmement violente, plus de 1400 bombes lacrymogènes furent jetées sur la foule prisonnière où les gens se trouvent encerclés comme des rats sur la place. Plus de 1000 personnes furent conduites à l’hôpital et certains dans un état critique. A partir de cette manifestation de 48 heures, chaque rassemblement pour une réoccupation de la place fut réprimé immédiatement et violemment.
Les mouvements de grèves se poursuivent avec la même dynamique et force de rassemblement jusqu’à aujourd’hui.
Ajoutons aussi que le parti communiste grec (KKE) adopta une position anti populaire le 19 et 20 octobre 2011. En organisant le cordon de sécurité autour du parlement, et en prenant le rôle du flic, ils empêchèrent ceux qui voulaient s’approcher de l’assemblée. Ainsi commencèrent des bagarres générales entre les membres du parti et les manifestants. Ce jour là, à cause des bombes lacrymogènes jetées par les flics, un membre du parti communiste meurt d’une attaque cardiaque. Le parti KKE tente de faire porter la responsabilité de cette mort aux bagarres entre manifestants bien que cet homme soit décédé loin de celles-ci.
Durant la grève du 12 février 2012, jour où fut voté le deuxième mémorandum, les manifestations de ces trois jours sont à leur paroxysme. C’est la plus grande participation du peuple dans l’histoire de la Grèce avec des millions de personnes dans les rues. En particulier à Athènes où sont présents environ un million de personnes et où les violences sont particulièrement dures.
Nous voyons là pour la première fois la police publier des photos des manifestants mis en détentions provisoires sans aucune preuve. L’Etat tente ainsi d’exposer les personnes en lutte.
Nous arrivons à aujourd’hui, après les résultats des élections du 6 mai. La scène politique grecque change profondément avec la percée de la gauche mais aussi de l’extrême-droite avec l’entrée au parlement d’un parti néo-nazi. Sept partis se partagent l’assemblée. C’est la fin d’une époque bipartite en Grèce qui dure depuis la fin de la dictature (1974). Aujourd’hui, il est possible qu’aucun accord ne soit trouvé pour mettre en place un nouveau gouvernement.
Mai 2011, rappel des faits par des athéniens.